Que vous vous y attendiez ou pas, je ne pouvais pas m’empêcher d’en parler, moi aussi. C’est plus fort que moi. Pour être honnête avec vous, des opportunités comme ça, ça n’arrive pas tous les jours, et, encore moins, à un chroniqueur croqueur de bêtise humaine comme votre bavard serviteur. Pourtant, la bêtise, ce n’est pas ce qui manque ici,
Dieu merci. Mais, là, comme disent les jeunes, c’était top ! En langage de vieux, je dirai qu’on a décroché le gros lot. Tous et toutes, autant que nous sommes.
Ça nous est tombé sur la tête, au moment où nous nous y attendions le moins. Nous étions – en tout cas, c’est le cas de pas mal de gens dans mon cas – en train de rêver à ce que sera désormais notre avenir à la lumière de la nouvelle ère ou de ce que les politiciens branchés appellent «le Maroc.2». Nous étions, disais-je, en train d’imaginer notre vie au lendemain de la nouvelle Constitution fraîchement plébiscitée, quand, soudain, surgit du néant et du silence une information comme nulle autre pareille, qui nous apprend, tout bêtement, que nous étions heureux, mais que nous l’ignorions, ignorants que nous sommes !
En vérité, ça n’a pas été présenté tout à fait comme ça.
Ce n’est pas dans mes habitudes ni dans mon intérêt non plus, mais, pour une fois, je vais être sincère et objectif.
Ça a commencé par des affiches géantes un peu partout, qui nous interrogeaient sur «ce qui avait changé dans notre vie», sans qu’on ne sache qui nous pose la question. Ça a duré plusieurs jours et c’était très dur à supporter. Le suspense allait croissant.
D’ailleurs, en parlant de croissant, en ex-pubeur qui essaye de se soigner, j’avais pensé qu’on allait nous libérer et nous révéler la réponse gagnante le jour de l’apparition du croissant … lunaire. Autrement dit, dès le soir où on allait le voir, on allait faire la fête.
Que nenni ! Ils ont attendu le 4e ou le 5e jour pour, enfin, nous apprendre que ceux qui nous gouvernent depuis 4 ans – 4 ans déjà ?!? – voulaient absolument nous informer, et si possible, nous convaincre, que durant toutes ces longues années, eh bien, preuves chiffrées à l’appui, ils n’ont pas chômé. Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, je dois vous avouer que s’ils ne l’avaient pas crié si haut, et surtout si tard, je ne l’aurais pas du tout remarqué. Tiens ! Nos ministres bossent ? Excusez-moi, mais je ne le savais pas.
Plaisanterie à part, j’ai eu un choc quand j’ai appris l’existence de ce site, et j’ai failli avoir une attaque quand je l’ai visité. En fait, je n’ai rien pigé à leur truc. Pourtant, vous devez en convenir, je ne suis ni un imbécile ni un mec sénile. D’abord, commençons par le nom du site : «makassib.ma». En clair, c’est le site qui regroupe tout ce que les Marocains et les Marocaines ont acquis sans savoir à qui ils le doivent. Maintenant, ils le savent : c’est à notre cher gouvernement qui, hélas, va nous quitter très bientôt. Snif, snif. À moins qu’il n’ait l’idée, avec cette énormité, de s’incruster.
Normalement – soyons sérieux un moment – avec ce qu’ils nous étalent comme «acquis», franchement, nous aurions tort de les changer. Non, je ne plaisante pas ! Je vais vous donner quelques exemples au pif.
Commençons par l’enseignement. Saviez-vous, par exemple, que «le nombre des brevets enregistrés au nom des universités est passé de 2 brevets en 2006 à 41 en 2010 ?» ou, encore, que «les dépenses de la recherche scientifique ont grimpé de 0,64% du PIB en 2006-2007 à 0,8% actuellement ?».
Youpiiii ! Passons à la santé. Qui, parmi vous, savait qu’il y a eu, en 2010, «une réduction importante dans les prix de 315 médicaments, avec des taux de diminution entre 57% et 87% ?».
Dès que j’ai lu cette info, j’ai couru chez ma pharmacienne et je l’ai sommée de me donner tous les médicaments à prix réduits. J’attends toujours. Cela dit et je vous jure que je n’y suis pour rien, les langues se délient et la créativité maladive des affreux nihilists ressurgit.
À peine annoncé, le site prestigieux des acquis pour les bienheureux est en train d’être allègrement et impunément rebaptisé. Il y a de tout. Je vais vous en citer 3, pas plus : «Makadib.ma» (et je ne vous mens pas), «Manassib.ma» (pour attaquer cyniquement les accrocheurs aux sièges), et la plus odieuse de toutes : «Massaïb.ma»(que Dieu nous en préserve !). Je crois que ce n’est pas comme ça qu’on remercie nos valeureux et néanmoins futurs ex-ministres. Tiens ! Je viens d’avoir une idée. Je vais créer un site que je vais appeler : «mahchamtouch.ma ?». En attendant, je vous souhaite un bon week-end et vous dis, avec ou sans site, vivement le changement et vivement vendredi prochain.
publié dans Les Echos daté du vendredi 9 septembre