Les partis politiques ont une responsabilité historique pour ces premières élections de l’ère nouvelle. Malheureusement, il n’y a aucun véritable débat sur les politiques publiques. Une forte abstention est donc probable. Pourtant il y a matière à débattre…
La nouvelle Constitution est un véritable acquis pour le peuple marocain. C’est une avancée historique dans la constitution démocratique qui apporte une réponse transitionnelle et transactionnelle au défi du mariage entre la légitimité historique de la monarchie et de la souveraineté populaire.
Cette Constitution pèse de tout son poids sur l’instrument majeur de la démocratisation, à savoir les partis politiques. Les attributions du Chef de gouvernement et de son équipe en font le centre du pouvoir. Normalement, aucun Chef de gouvernement ne peut se cacher, dorénavant, derrière « les hautes instances royales ». Cela donne un sens à la politique. Nous devons élire des gens, un parti, une coalition, qui ont toute latitude pour gérer le pays, ce qui n’était pas le cas.
Le drame de la démocratie marocaine jusqu’ici, c’est que les élections ne changeaient rien à la vie des électeurs. Les orientations, les choix, s’opéraient par des gens non élus. Le plus dramatique, c’est que les partis ont intégré le phénomène et qu’ils ont considéré que cela les dispensaient de tout effort programmatique. Les élections de 2002 et 2007 nous ont donné à voir des partis qui se déclarent pour la démocratie, la modernité, le développement. C’est l’escroquerie la plus crasse, parce que nous n’avons eu droit à aucun développement, à aucune déclinaison.
Parce que les Marocains ne sont pas des idiots, ils ont déserté les urnes. Elire des gens qui n’ont aucun pouvoir, qui répètent comme des perroquets les mêmes slogans, n’avait aucun intérêt
Or, la nouvelle Constitution, en consacrant un gouvernement politique, bardé de compétences, chargé de mener la politique générale du pays, a changé la donne.
Sauf que pour que ce texte se matérialise sur le terrain, il faut que les outils d’intermédiation politique jouent leurs rôles. C’est loin d’être le cas !
Depuis l’adoption de la Constitution, le débat politique est en deçà, et c’est un euphémisme, des attentes. La responsabilité de ceux qui ont refusé de retarder les élections est engagée. La pression du mouvement social sur les partis politiques n’aurait pu s’exprimer que lors de congrès. En imposant des élections anticipées , le ministre de l’Intérieur a renforcé les apparatchiks, aucun changement sérieux n’est perceptible, parce que les machines électoralistes ont avorté tout espoir de débat. Ce n’est pas une erreur, c’est un choix qui nous renseigne sur le chemin à parcourir.
Programmez, SVP !
Mais dans ce contexte, visqueux à l’extrême, on peut le concéder, les partis ont failli. Les conciliabules sur les lois électorales, les insultes, les batailles de « tazquia » n’intéressent pas les électeurs.
La nouvelle Constitution avait fait naître l’espoir d’une véritable vie politique. Le gouvernement actuel est dirigé par un parti conservateur quasi-clanique, l’Istiqlal, avec la participation de partis libéraux, socialistes, féodaux. C’est une insulte à la politique.
L’annonce de l’alliance des partis libéraux, issus de l’Administration pour la gauche, est une excellente nouvelle, à condition qu’ils élaborent un programme commun et qu’ils le rendent public avant le scrutin. Si leurs candidats pouvaient s’y référer, cela serait bien. S’agissant de partis de notables, cela va être difficile, mais l’élaboration d’un programme commun constituerait une avancée sérieuse.
Cela fait deux décennies que ni l’USFP, ni le PPS, ni l’Istiqlal, ni le PJD, n’ont livré aux Marocains une vision des affaires publiques.
Pourtant, les défis sont réels et les divergences, en fonction des attaches idéologiques présumées, tout à fait présumées, sont criardes.
Mais, parce qu’ils ne se conçoivent que comme la cinquième roue d’une carrosse, ils n’ont plus rien à proposer. Pire, ils ne discutent même pas des sujets qui intéressent les Marocains. Résultat, il n’y a pas un seul ministre qui applique une politique sectorielle prônée par un parti, parce qu’il n’y en a pas .Cela n’empêche pas que certains ministres se débrouillent bien, mais la démocratie est plus exigeante.
Le 25 novembre est une date historique pour le Maroc, parce qu’au-delà de l’adhésion à la Constitution exprimée par le referendum, c’est la participation populaire, la clarté et la crédibilité du scrutin qui matérialiseront, ou pas, l’exception marocaine, et qui sortiront ou pas, le Maroc de la zone à risque de troubles politiques .Un échec dans la mise en pratique de la Constitution décrédibiliserait l’ensemble et ouvrirait la voie aux surenchères populistes et aux envies de déstabilisation qui seraient désormais alimentées par un désenchantement général. Deux tendances en sortiraient renforcées. L ‘une prônant un despotisme éclairé, une concentration des pouvoirs aux mains d’un monarque « développeur », l’autre prônant des lubies islamistes comme le seul moyen d’atteindre la justice sociale. Ceux qui croient que ces deux tendances sont « marginales » ne connaissent rien ni aux réalités du pays, ni aux leçons de l’histoire.
Politiquement inexistantes ?
Il faut revenir à des fondamentaux simples, mais non simplistes. C’est quoi , faire de la politique ? C’est, animés par des idées, vouloir servir les gens à partir de ce qui vous semble être le mieux pour la collectivité. Parce que celle-ci est traversée de courants de pensée divergents, d’intérêts sociaux antagoniques, elle dégage des rassemblements politiques divergents et c’est cela qui fonde la légitimité du vote, comme mode de gestion des différences, dans le cadre de consensus généraux qui permettent la cohésion de l’ensemble. La démocratie n’est pas plus compliquée que cet énoncé.
Rien de tout cela n’est perceptible dans l’action partisane actuelle. Les partis, pour répondre à l’étape historique, doivent se réapproprier leur rôle sociétal. Il faut que chacun s’exprime sur l’ensemble des problématiques, en redéfinissant ses choix sociétaux de base, en mettant en avant des propositions concrètes. Cela circonscrit les alliances possibles et, donc , définit politiquement les camps. Droite, centre et gauche ne signifient rien aujourd’hui, parce que ne proposant rien, strictement rien : ils disent la même chose.
Ils ont occupé le terrain avec des batailles autour des textes électoraux. Batailles byzantines pour les électeurs. Ils veulent lutter contre la balkanisation par le seuil, freiner les islamistes par le découpage, se débarrasser de la problématique des jeunes et des femmes par la discrimination positive qui tourne au suffrage censitaire et qui s’éloigne, gravement, de la démocratie.
Mais le pire , c’est qu’ils appellent déjà au viol de la Constitution et de son esprit. Tous les partis acceptent le diktat du ministère de l’Intérieur interdisant à certains « professionnels » de se présenter. Alors que le texte en fait la pépinière du pouvoir, les partis préfèrent s’en remettre à la superpuissance de l’Intérieur.
La mesure est tout simplement anticonstitutionnelle. Tout Marocain remplissant les conditions d’éligibilité a le droit d’être candidat. L’inéligibilité est prononcée par les tribunaux. Avant même de mettre en branle le nouveau texte, on nous annonce la pérennisation de la zone grise, ou la disparition du droit laisse place à des accords occultes . Ce n’est pas pour cela que les Marocains ont voté en masse.
Abbéès El Fassi se fait appeler désormais « Chef du gouvernement » .Grand bien lui fasse !Cela ne durera que trois mois. Mais il refuse d’endosser l’habit. L’on se dirige vers un arbitrage royal pour les lois électorales. Où sont le gouvernement et sa majorité dont Abbès est le chef ? Ne peuvent-ils légiférer sur des questions techniques, qui n’engagent en rien la souveraineté et l’unité de la Nation dont le Roi est le garant ?
Cette démission, ce refus d’intégrer le bond en avant de la Constitution est une véritable trahison des ambitions de la Nation, qui ne peut, si un réveil rapide n’a lieu, que mettre en danger la stabilité du pays, en décrédibilisant à l’extrême ses institutions.
Que faire ?
Même avec les pesanteurs, les pathologies qu’ils traînent, les partis politiques peuvent se hisser au niveau des circonstances historiques, de manière acceptable. Il leur suffit de nous offrir une véritable campagne électorale qui s’adresse à des citoyens majeurs, moyennement dotés de raison.
Essayons de définir ce que peut être une campagne électorale en définissant les thématiques les plus attendues par les Marocains. On peut définir cinq grands axes qui devraient constituer la colonne vertébrale des programmes nécessairement différencies, alimentant une campagne politique mobilisatrice, parce qu’offrant des choix aux citoyens.
Quelles institutions démocratiques ?
Depuis 20 ans, le consensus imbécile est la règle. La régionalisation avancée en est la quintessence. Selon le projet accepté par le Roi, les dévolutions de compétence sont très importantes, le transfert de moyens est plutôt flou. Mais, surtout, les régions deviennent de véritables centres de pouvoirs, bénéficiant de la légitimité du suffrage universel, il serait normal, dans un pays normal, que des opinions « centralisatrices », craignant pour l’unité de la Nation s’expriment.
Il n’y en a pas, alors même que les références idéologiques de l’Istiqlal, de l’USFP, du PJD auraient dû plaider dans ce sens. Même en acceptant la décentralisation comme un fait démocratique inéluctable, ou l’absence de « jacobins », il y a matière à débat.
Premièrement, il faut définir ce qui relève de la Nation et non des particularismes . Parce qu’infinie, la régionalisation, c’est l’acceptation des particularismes intégrés. Les régions « techniques » n’ont de chances de survie, que si elles s’appuient sur des réalités identitaires.qu’elles sont censées promouvoir dans le cadre d’une identité plurielle. Cela n’a l’air de rien, mais c’est très complexe.
Faut-il sauvegarder l’unité des programmes de l’enseignement public ou les régionaliser ? Est-on prêt, au nom des réalités économiques de les assujettir aux besoins apparents du marché du travail ? Peut-on accepter que dans dix ans, la région du Souss, ou celle du Rif, relèguent la langue arabe au rang de langue étrangère ?
Selon le discours royal du 9 mars, les futurs présidents de région, n’auront pas à subir la tutelle de l’Administration territoriale. Elus au suffrage universel, dotés de compétences élargies, les Conseils régionaux auront les mains libres pour gérer à leur guise. C’est une avancée démocratique, sur le papier, pour ceux qui croient aux vertus de la décentralisation, sans vouloir dire que ceux qui penchent pour un Etat central soient antidémocrates.
Seulement , des problèmes sont soulevés et ils sont réels. Le premier est lié à la définition territoriale des régions. Ce qui a été rendu public est technocratique. Il répond à une vision strictement administrative. La régionalisation ne réussira que si la possibilité d’une adhésion identitaire à la région est réelle. C’est toute la dialectique de la question, il faut renforcer les particularismes identitaires en les inscrivant dans une identité plurielle, celle de la Nation. Ainsi remettre Safi dans la région du Tensift est une très mauvaise idée, les Safiots n’ont jamais accepté « la suprématie » marrakchie, ils réclament déjà une région atlantique, allant d’El Jadida à Essaouira, où ils auraient des chances de voir leur ville jouer un rôle phare. C’est une idiotie que de ne pas porter attention à ces sous-particularismes, parce qu’ils sont réels.
Safi n’a pas d’aéroport, de gare, d’université, d’infrastructure digne de l’image que les Safiots se font de leur ville. Ils ont peur que la régionalisation enterre tous leurs espoirs en le définissant comme habitants d’une ville satellite.
Redéfinir les régions en fonction des critères à la fois identitaires, culturels, économiques, est un sujet à débat. Aucun parti n’a publié le moindre texte là- dessus. On peut poser des questions plus importantes. Les régions pourront-elles développer une fiscalité locale concurrentielle ? Peuvent-elles refuser des investissements « centraux » au nom de l’écologie ? Peuvent-elles développer des relations internationales, sans égard à la diplomatie centrale ? Ce sont des choix qu’il faut opérer, qui ne coulent pas de source, qui nécessitent un débat. Mais si les partis ne proposent rien, qui alimentera ce débat ?
La nouvelle Constitution fait aussi la part belle à ce qu’elle appelle la « démocratie participative ». L’insondable « société civile » est anoblie. Plusieurs conseils indépendants sont prévus. Ce n’est pas nouveau et la pratique passée pose problème. Le nouveau Parlement devra poser le cadre institutionnel des liens de ces Conseils à profusion avec l’Exécutif qui , lui, a la légitimité de la souveraineté populaire. Il faudra sans toucher à l’indépendance de ces structures, déterminer leur champ d’action, les moyens mis à leur disposition, et surtout la possibilité d’évaluation de leur travail. Au jour d’aujourd’hui, ceux qui existent dépendent des sphères indéterminées constitutionnellement, ne relève pas de la Cour des Comptes, et n’ont que la critique des journalistes à craindre. En vérité, ils ne renforcent pas la démocratie. Ils la sapent en devenant des structures de placement pour serviteurs à remercier, sans objectifs, sans contrôle démocratique, à la merci du pouvoir occulte. Y a-t-il un parti qui propose une vision de la démocratie participative qui ne constituerait pas un viol de la démocratie tout court ? A ma connaissance, non !
Ces débats auraient dû avoir lieu lors de la campagne référendaire. Malheureusement on a fait de celle-ci un plébiscite écornant la fantastique image d’un bond en avant démocratique.
Le pire, c’est que cela a concerné l’ensemble du texte. Des valeurs comme les libertés individuelles. l’égalité des sexes, ne sont pas consensuelles, loin s’en faut, au sein de la société. Du PJD à l’extrême gauche, aucune formation n’a jugé nécessaire de préciser ce qu’elle met dans le vocable. La tolérance, la zone grise, a un bel avenir devant elle. Par lâcheté des décideurs politiques, la société marocaine est condamnée à perpétuer une schizophrénie qui handicape son accession à la modernité.
Quelle gestion de l’Etat ?
Les débats sur les institutions, les valeurs, occultés lors de la campagne référendaire, une occasion ratée de marquer les divergences, sont importants mais on peut se contenter d’un débat musclé autour de la gestion des affaires publiques, parce que là il ne s’agit plus de belles phrases annoncées en chœur mais de propositions concrètes, touchant à la vie quotidienne des gens, l’essence même de la politique en somme.
Les finances publiques sont dans un état délabré, inconnu depuis quinze ans. Même après les aveux tardifs du ministre des Finances, aucun parti, y compris d’opposition, n’a songé a faire des critiques ou des propositions. Or, de quoi s’agit-il ? Le déficit budgétaire explose sous l’effet conjugué de plusieurs phénomènes. L’Etat est responsable en ce qui concerne les dépenses de fonctionnement à caractère politique. Mais il subit aussi la hausse des matières premières et donc l’explosion de la Caisse de Compensation et les aléas de la conjoncture économique dont on ne peut le tenir pour unique responsable.
C’est une occasion rêvée pour mettre sur la table les différentes approches, en fonction des affinités sociales, mais aussi d’une certaine idée du rôle de l’Etat.
La première question à poser concerne la Caisse de Compensation. Cet instrument est censé être l’outil premier de la solidarité nationale. Il n’est qu’un pompier hyper cher, totalement hors de propos. Cette année , les dépenses publiques au titre de la compensation atteindront les 50 milliards de DH au minimum.
Aucun ministère n’a eu droit a autant de largesse. Or, les chiffres officiels reconnaissent que 70% des fonds alloués à la Caisse de Compensation profitent aux Marocains les plus riches, ceux qui devraient contribuer à la solidarité nationale et non pas en bénéficier. C’est aussi simple que cela, la Caisse de Compensation engraisse les riches. Ce n’est pas une position populiste, mais une réalité reconnue depuis 1993, par le gouvernement de l’époque qui était ultra-libéral.
Le gouvernement actuel, Nizar Baraka en particulier, avait annoncé la réforme de la compensation comme un chantier essentiel. Ils ont effectué les études nécessaires, sont arrivés à la conclusion du cash pour les démunis, puis ont remis le dossier dans le tiroir. L’expérience brésilienne est probante, seulement les institutions chargées de la distribution y sont légitimes, crédibles. L’équivalent du budget de la Santé publique et de l’Education nationale part en fumée par défaut de courage politique. Ni les libéraux, ni les socialistes ne se saisissent de ce dossier.
Pourtant, cela devrait constituer une ligne de démarcation entre des visions antagoniques du rôle de l’Etat, qui existent au sein de la société, qui devraient être restitués politiquement dans le cadre de la démocratie.
La même divergence devrait concerner la fiscalité dans son ensemble. Tous les économistes, de tous bords, relèvent que la fiscalité marocaine est lourde, inefficiente et inéquitable. C’est le point nodal en démocratie, des divergences, des oppositions.
Il faut d’abord répondre à la question essentielle de la possibilité qu’une réduction des taux, avec une pénalisation de la fraude puisse augmenter les recettes. Mais ensuite, en fonction des attaches sociales, on peut imaginer les remaniements. La défiscalisation de l’agriculture est ubuesque, celle de l ‘ensemble des exportations est sujette à caution, quand celles-ci se font aux dépens de l’approvisionnement du marché local. L’informel est un univers composite qui vaut une étude sérieuse. Se mettre a la recherche d’une fiscalité équitable, efficiente, assurant à l’Etat les ressources nécessaires pour la collectivité sans grever la création de richesses ne peut être consensuel. Ce n’est pas un dossier technique, mais une approche politique fondée sur un positionnement sociétal. Quel est le parti qui en parle concrètement ? Aucun !
Le train de vie de l’Administration est l’objet de discours populistes récurrents, alors que c’est un vrai sujet.
Les salaires des ministres et des hauts fonctionnaires sont une caricature, Abbès El Fassi lui-même, dans une célèbre lettre à Youssoufi, en avait fait état. Une fois à la Primature il a regardé ailleurs. A juste titre parce qu’il s’agit du populisme le plus bas. Ces salaires sont très en deçà de ceux pratiqués dans le privé, ou même dans les démembrements de l’Etat (offices, BAM, trésors, etc.), à niveau équivalent des responsabilités. Mais surtout leur diminution, voire leur suppression, n’a d’effet que symbolique. Ce qui grève les finances de l’Etat c’est l’hypertrophie de l’Administration, renforcée par les recrutements effectués de peur du « printemps arabe », le nombre effarant de fonctionnaires inutilisés, mais aussi des dépenses publiques attachées à une vision dépassée. Par exemple, on peut rétorquer que l’Etat n’a pas à construire des stades, sa fonction régalienne étant de permettre à tous l’exercice physique et non pas de financer le sport d’élite.
Ce sont là des sujets de débats qui , affinés, déclinés, auraient pu passionner les Marocains. Ce que la bagarre autour des lois électorales, les insultes animalières entre le PAM et l’Istiqlal, les oukases du PJD , ne peuvent faire
La politique au service de qui ?
Les politiques doivent mettre le citoyen hors-jeu en répétant que celui-ci a une conception « utilitaire » de la politique et qu’il pose souvent la question « Qu’est-ce que je gagne là-dedans ? ». Ils ont tout faux parce que là est le nœud du problème. L’électeur ne se déplace, ne vote que s’il considéré que cela impacte sa vie quotidienne, le vote « idéologique » n’échappe pas à cette règle au fond.
Le citoyen est d’abord un usager des services publics. Quand l’éducation nationale est en situation de mort clinique, que la santé publique est en panne, que les transports, le ramassage de déchets sont en faillite, il est clair que les politiques ont failli. Si en plus l’insécurité s’installe, alors le divorce est naturellement consommé. De l’aveu même du ministre de l’éducation nationale « L’’école publique agonise » et ce , malgré plusieurs projets de réformes adoptés par « consensus », l’Ecole doit effectivement faire l’objet d’un consensus social sur son rôle et son statut. La société marocaine est-elle « consensuelle » pour l’arabisation, l’idéologisation de l’enseignement, l’apartheid social entre public et privé, le maintien de l’inadéquation flagrante entre enseignement et marché du travail ? Peut-on accepter que le corps enseignant continue à détruire l’école, à dynamiter la Nation, sans réagir face à un corporatisme mafieux ? Où sont les propositions partisanes ?
La Santé publique est un désastre pour les plus démunis, surtout quand ils sont atteints d’affections lourdes. Les rares médecins honnêtes qui continuent au service public sont malheureux ; faute de moyens, ils voient des gens mourir alors que leurs vocation, c’est de les sauver.
Se lamenter ne sert à rien, il faut proposer des solutions, l’une des pistes consiste à revisiter le principe de la gratuité, déjà largement dépassé dans la réalité. D’ailleurs c’est d’une réflexion globale sur la solidarité nationale que le pays a besoin. Ne vaut-il pas mieux reformer pour assurer un enseignement public de très haut niveau, des prestations médicales au diapason, en faisant payer ceux qui en ont les moyens ? Au lieu de maintenir l’illusion d’une gratuité factice. Car, quelle est la réalité ? Les Marocains qui ont un peu de ressources s’adressent au privé, les autres subissent la médiocrité du service public. Cela s’appelle une société inégalitaire et c’est ce qui fonde les révolutions.
La gestion concédée devait réglée, selon les sirènes libérales, les problèmes de transports, de la distribution d’eau et d’électricité et du ramassage de déchets.
Force est de constater que la gestion concédée a vidé les collectivités locales de toute prérogative intéressant les électeurs, et que cela n’a pas amélioré le service public. Pire, des villes (Meknès, Rabat) sont restées sans transport urbain, à Marrakech et Mohammédia, les déchets s’empilent. Quant à la distribution d’eau, elle est plus coûteuse pour les ménages.
Le Marocain de base a besoins de réponses pour s’intéresser aux élections. Elles paraissent subalternes aux politiques qui sont enfermés dans les conciliabules des villas de Rabat et ne voient pas la réalité de la vie quotidienne.
Dans ces conditions le populisme ne peut que fleurir. Et il le fait a vue d’œil !Ainsi, parce que par peur du 20 février, le gouvernement a, de manière lâche et irresponsable, « fonctionnarisé » 6000 diplômés, chômeurs parce qu’incompétents, le ton est donné. L’Etat, les entreprises publiques doivent employer qui le réclame. Les autres ont le droit d’envahir l’espace publique pour « gagner leur vie ». Cette anarchie devra cesser tôt ou tard. Le courage politique, c’est de la dénoncer en proposant des solutions réalistes et en refusant les postures populistes.
La solution réaliste, c’est un programme national de soutien à l’employabilité. Diplômés ou non, nos jeunes chômeurs ont un handicap de formation. Nous devons mettre en place un système de rattrapage, pour les mettre en adéquation avec le potentiel d’offres d’emploi. C’est la seule voie réaliste qui, bien que coûteuse, est économiquement viable.
Cela ne nous dispense ni de la nécessité d’une remise à plat du système éducatif dans son ensemble, ni surtout de la révision de nos choix économiques. Un pays à structure démographique jeune a-t-il le droit d’abdiquer toute ambition industrielle au nom de la division internationale du travail ? C’est une vraie question de choix de société
Par ailleurs, la question de la sécurité préoccupe les Marocains. Les chiffres officiels ne sont pas aussi alarmants que la vox-populi. Mais l’on sait depuis longtemps que l’insécurité est d’abord un sentiment.
Le Code pénal pose un vrai problème, les agressions contre les personnes sont les crimes les plus ressentis par la population. Or, les viols, les agressions physiques, sont faiblement réprimés par notre justice. Les victimes retrouvent leurs bourreaux au bout de quelques mois. Les policiers en sont découragés.
Les démocrates marocains, pour des raisons historiques compréhensibles, dans le cadre de la lutte contre l’absolutisme, ont privilégié le combat pour le droit des détenus. Aujourd’hui, la société est en attente de compassion envers les victimes. Si le Législateur ne se saisit pas de la question, des phénomènes comme les groupes d’auto -défense émergeront, ce qui n’est jamais bon pour une démocratie. Or , le législateur ce sont les partis politiques.
On peut aussi citer la culture, le désir d’une vie culturelle, d’une offre pérenne de qualité et des moyens de la faire émerger. Les fonds d’aide au théâtre, au cinéma, à la presse, sont des escroqueries manifestes, mais aucun parti n’en parle.
Aucun projet démocratique ne peut renforcer la démocratie sans libéraliser les médias, y compris publics, et donc avoir une vision pour ces derniers. La nouvelle Constitution est incompatible avec la conception étriquée de Samira Sitaïl ou de Fayçal Laâraichi. Rendre les médias publics à la société est une tâche urgente mais complexe. Que proposent-ils ?
Comme on le voit, les sujets où des démarcations peuvent s’effectuer, offrant la possibilité de choix conscients aux électeurs ne manquent pas. C’est le seul moyen de les amener aux urnes dans une situation sereine. Si 32 partis nous ressassent les mêmes phrases, pourquoi faut-il se déplacer ?
Si les partis politiques ne se mettent pas au niveau de leurs responsabilités historiques, tout le bénéfice de la réponse politique à la contestation sera perdu. La stabilité du pays sera alors en cause à moyen terme, ils auront trahi la démocratie, la Nation . L ‘histoire les jugera