La chaîne Histoire propose un documentaire sur l’histoire du parti communiste français. Un énième direz-vous, mais celui-ci est particulier. Il s’intéresse à la passion des hommes et des femmes qui ont fait cette histoire. L’aspect stalinien, les crimes du petit père des peuples, la trahison des dirigeants de la troisième internationale, même présents, n’arrivent pas à masquer ce que le communisme a été pour le vingtième siècle : une formidable espérance pour le genre humain.
 
Ainsi un vieil homme explique comment travailleur à onze ans, il est devenu communiste à quinze ans, de porté à 19. Il raconte avec émotion les grèves des mineurs, l’affrontement avec les forces de l’ordre, la solidarité des voisins. Au soir de sa vie, il ne retient ni les déceptions, ni les défaites, mais la camaraderie et la foi dans l’avènement d’un monde nouveau.
 
Un autre explique que le communisme était pour lui la promesse d’une vie où « il n’y aurait même pas de chagrin d’amour, parce qu’il n’y aura plus une personne assez méchante pour en infliger ». Cette croyance, dans ses différentes nuances, a mobilisé des centaines de millions d’hommes par le monde.
 
Puis le mur est tombé, la bureaucratie stalinienne a chuté et l’on connaît la suite. Dans un livre comme la nouvelle bible Fukuyama a annoncé la fin de l’histoire. Le même livre est présenté aujourd’hui comme la plus grande bêtise du siècle. L’empire américain est vacillant, y compris militairement, et partout les peuples montent aux citadelles de l’ordre établi.
 
Le libéralisme triomphant présentait la mondialisation, comme l’avènement du village planétaire, où tout le monde serait heureux, grâce à la force innovatrice des marchés financiers. 
 
Ceux-ci ont fini par mener les états à la faillite, les économies à la dépression et les gens, les humains à la précarité éternelle, même dans les économies développées. 
 
L’aspiration égalitaire s’est mise à nouveau en branle, pour rappeler à l’humanité que depuis Spartacus, elle est derrière le progrès social et humain…
Hessel, un vieux résistant français a écrit un fascicule de 30 pages à peine « indignez-vous », vendu à des millions d’exemplaires. Le mouvement des indignés concerne maintenant tous les pays développés. Dans la sphère arabe ce sont des révolutions qui sont en cours.
 
Le plus important c’est que la financiarisation de l’économie, les attaques contre la protection sociale là où elle existe ont remis à l’ordre du jour, les combats dans leur chaleur humaine, leur réelle fraternité, leur réelle espérance égalitaire. Libre à ceux qui ne voient dans le nombre réduit des manifestants qu’une expression marginale. C’est un mouvement planétaire appelé à s’amplifier, d’autant plus rapidement que les recettes pour les sorties de crise sont vouées à l’échec.
 
Que des appels à la démondialisation, à la nationalisation des banques trouvent écho, y compris à l’intérieur du système, que les mouvements d’extrême gauche revivent, est symptomatique. L’emprise idéologique des libéraux se fissure. La foi en la possibilité d’une autre organisation sociale mettant l’humain au centre de l’activité  productive, redevient le moteur des luttes sociales, celles-ci ne sont plus uniquement défensives, pour préserver les acquis attaqués, mais portent sur l’organisation sociale, la finalité du travail, de la production etc… On est très loin de « la mondialisation heureuse » d’Alain Minc.
 
Dans des pays comme le Maroc, cela aura son impact. La précarité étant beaucoup plus pressante, les inégalités encore plus inacceptables, nous assisterons à des luttes sociales fortes. Il faut espérer que comme ailleurs, elles régénèrent une gauche puissante. Encore faut-il que la construction démocratique puisse offrir l’espace nécessaire à une gauche de combat. Sinon ce sont les populistes Islamistes qui en profiteront. En Iran ce sont les damnés de la terre qui ont porté les mollahs au pouvoir. Plus vite la gauche se restructurera en dehors des chimères libérales et en prenant en charge l’aspiration l’aspiration égalitaire, mieux elle pourra défendre la démocratie. 
 
Accepter la mondialisation comme un fait historique ne signifie que le combat pour la dignité de tous, l’accès au travail, à la santé, à la culture, par un meilleur partage soit dépassé. C’est le sens des mouvements en cours partout dans le monde.