Le lendemain, les pauvres ont du déchanter et faire place nette car il n’y avait rien à se mettre sous la dent, parce que le Maroc n’a pas voté extrême droite. Aujourd’hui, on semble ne pas avoir retenu la leçon. Les Nostradamus, ici et ailleurs, ont repris leur boule de cristal pour nous servir la même soupe : le Maroc sera islamiste. Leur argument : parce que c’est le printemps arabe et parce que c’est déjà arrivé en Tunisie où Ghannouchi a raflé la mise et que la Libye risque le même sort. Cela s’appelle le fatalisme, le pire de tous. Quelques rares voix ont toutefois essayé d’expliquer que le Maroc n’était ni l’Algérie, ni la Tunisie. Que le pays a quand même une longue tradition politique, un héritage commun qui nous immunise du fléau des fondamentalistes, que nous disposons d’une classe politique où on peut puiser une alternative, qui qu’on en dise. Ce cri reste noyé dans un océan d’ineptie. Walou ! Le Maroc sera islamiste ! Evidemment, le PJD, qui fait feu de tout bois, crie déjà victoire et plus.
« Si on ne gagne pas les élections, c’est qu’elles sont truquées ! », lance Abdelilah Benkirane. Cela s’appelle du chantage et de la pire espèce. Mais le message semble séduire le troupeau : oui, oui, on va voter PJD parce que ses cadres sont les plus honnêtes du pays, parce que, politiquement, ils sont vierges. Ou parce que le reste, tous les autres, sont pourris. On oublie l’Istiqlal, un vrai parti avec une riche histoire, on crache sur l’USFP, une aubaine pour le Maroc et tout le monde sait comment et pourquoi, on fait table rase du militantisme d’un PPS et de la valeur de ses cadres et on sacrifie même les figures éclairées du PAM. Tout cela pour les beaux yeux du PJD. Pour faire plaisir aux « sondeurs » et aux « chawwafate ». Parce que c’est la tendance et parce qu’on oublie que c’est la pire de toutes. Continuons sur cette lancée et, samedi, on aura un nouveau Parlement dominé par les islamistes et les notables. Et à bas le Maroc de demain, la tolérance, les libertés individuelles, les droits de la femme et de l’enfant ! A bas les conventions internationales et leur suprématie sur les lois nationales ! A bas l’amazighité et le droit à la différence ! Vivement des relations très poussées avec le Hamas, Ennahda et les Talibans ! Mais, pour finir, j’avoue que l’expérience est tentante si c’est pour avoir un gouvernement barbu et tous les départements sociaux au PJD.
Tenez, un échantillon qui n’a rien de tendancieux : Bassima Hakkaoui aux affaires de l’enfant et de la famille, Najib Boulif aux Finances, Abdellah Baha à l’Education, Mostafa Ramid à la Communication, Abdelaziz Rebbah à la Jeunesse et aux Sports, Saâd Eddine El Othmani à la Santé, Mokri’e Abouzid à la Justice, Abdellah Baha aux Affaires islamiques, Mohamed Yatim pour les Marocains de la Diaspora et Lahcen Daoudi à la Culture… Qu’est-ce qu’on pourra alors se marrer ! Et il y aura même du potentiel. Avec une telle équipe, on pourra enfin avoir un hebdomadaire satirique qui pourrait tenir la route. A la vôtre !